Ce jeudi 24 septembre 2026, le Tribunal Judiciaire de Tchibanga a connu une affaire très suivie ce jour, opposant Monsieur Lionel Giovanni BOULINGUI à la société d’exploitation de marbre, Marion Minerals.

Poursuivi pour diffamation, M. BOULINGUI a pu compter sur le soutien d’une nombreuse foule venue assister aux débats.

Les Faits et la Procédure

L’origine du litige remonte à juillet 2026. M. Giovanni BOULINGUI, par le biais de ses réseaux sociaux, avait donné la parole à de jeunes Gabonais recrutés par Marion Minerals. Dans une vidéo, il s’était contenté de poser des questions à ces jeunes, s’interrogeant finalement sur l’existence de pratiques s’apparentant à de l’esclavage au sein de l’entreprise.

Suite à cette diffusion, M. BOULINGUI a été arrêté, placé en garde à vue, puis présenté au parquet de Tchibanga. Il a été renvoyé devant le tribunal statuant en matière de flagrant délit pour répondre de l’infraction de diffamation. L’affaire, initialement appelée le 10 septembre 2026, avait été renvoyée à ce jour à la demande de la défense.

Déroulement de l’Audience

Dès l’ouverture des débats, l’avocat de M. BOULINGUI a informé le tribunal de son intention de faire comparaître des témoins. Le tribunal a alors demandé le fondement juridique de cette requête. L’avocat de Marion Minerals s’est immédiatement opposé, arguant qu’il était impossible de faire comparaître des témoins non entendus lors de l’enquête préliminaire.

Cependant, la défense a cité des dispositions précises du code de procédure pénale, et le tribunal a accédé à sa demande, invitant les témoins à se retirer. L’avocat de la société a alors déclaré qu’il avait également un témoin. Une voix dans la salle a alors murmuré, non sans ironie : « C’est pas lui qui disait que c’était pas possible de citer un témoin à ce stade ? »

Déclarations de la Partie Civile et Incident de Procédure

La parole a ensuite été donnée à la société Marion Minerals. Son représentant a affirmé que la vidéo de M. BOULINGUI avait porté atteinte à ses intérêts, l’entreprise s’étant retrouvée face aux autorités, notamment le Gouverneur de la Nyanga.

L’avocat de la défense a alors demandé à ce représentant de justifier de son mandat pour représenter la société devant le tribunal. Un mandat a été produit, mais il présentait, selon la défense, plusieurs anomalies : le cachet, la forme de la société et même la signature du mandant. L’avocat a indiqué que ce document frisait le faux intellectuel et s’est réservé le droit de porter plainte.

Interrogatoire du Prévenu et Tensions avec le Parquet

Appelé à la barre, M. BOULINGUI a été interrogé par le tribunal sur la qualité en laquelle il avait diffusé la vidéo et son but. Il a expliqué qu’il portait plusieurs casquettes, notamment celle de lanceur d’alerte, mais que c’était surtout en tant que citoyen gabonais, conformément à la Constitution, qu’il avait aidé ses « frères Gabonais en détresse ».

À cette réponse, le procureur s’est empressé de traiter M. BOULINGUI de « malhonnête » et de « gueulard ». L’avocat de la défense, sollicitant la parole, a demandé au tribunal d’ordonner au procureur de retirer ses propos. Ce dernier a rétorqué qu’il ne retirerait rien, assumant ses déclarations. La défense a rappelé au procureur qu’il n’était qu’une partie au procès et que son niveau de langage ne siéait pas à sa fonction. Suite à ces échanges virulents, le Président du Tribunal a rappelé les parties à la sérénité et à la sagesse.

Audition des Témoins

Les auditions ont alors débuté. Le premier témoin, un des jeunes concernés par la vidéo, a expliqué qu’ils avaient sollicité le soutien de M. BOULINGUI car ses précédentes vidéos dénonçant l’abandon et le retard des chantiers dans la Nyanga avaient eu un écho favorable auprès des autorités. Il a ajouté qu’avant l’intervention de M. BOULINGUI, ils avaient saisi en vain le procureur, le gouverneur, la DGDI et l’inspection du travail.

Il a détaillé les conditions de travail : recrutés en mars 2025 sans contrat écrit, ils ont travaillé jusqu’en août 2025 sans aucun document. Ce n’est qu’à l’arrivée du Président de la République le 30 août 2025 qu’ils ont reçu des contrats d’un mois, renouvelés jusqu’en août 2026. Il a aussi mentionné des certificats de travail inexacts et des bulletins de salaire non signés.

Le second témoin de la défense a confirmé ces révélations, précisant qu’il avait été embauché en mars 2025 sans contrat et que l’entreprise gardait tous les documents, y compris les fiches de poste.

Le témoin de la société Marion Minerals, le responsable QHSE, a ensuite été appelé. Interrogé par la défense, il a admis avoir débuté en mars 2025. Il a confirmé que les deux témoins de M. BOULINGUI faisaient bien partie des premiers employés recrutés à cette date, mais a précisé qu’ils étaient « journaliers ».

Débat Juridique sur le Droit du Travail

À cette révélation, l’avocat de la défense a fait observer que la société venait de confirmer que les jeunes avaient été embauchés en mars 2025, et non en août 2025 comme le suggéraient les documents de renouvellement de CDD. S’appuyant sur le code du travail, il a soutenu qu’un recrutement sans contrat est réputé être un CDI. Il a ajouté que même un contrat journalier se transforme en CDI après un mois, conformément à l’article 25 du code du travail. Il a conclu que la société ne pouvait, seule, imposer des CDD six mois plus tard sans avenant ni base légale.

L’avocat de la société a rétorqué qu’il s’agissait d’un tribunal correctionnel et non social, et que ces questions se discutaient ailleurs. La défense a répliqué qu’en matière pénale, une infraction est située dans un contexte et qu’il fallait envisager les faits dans leur ensemble. Le Président du Tribunal a corroboré ces propos, soulignant l’importance d’examiner tous les contours pour la recherche de la vérité et rappelant que si les mauvais traitements étaient démontrés, l’infraction de diffamation tomberait sous le coup de l’exception de vérité.

Nouvel Incident : Demande d’Inculpation pour Outrage

Alors que la parole allait être donnée à M. BOULINGUI, le procureur a surgi avec un document, sollicitant du tribunal qu’il inculpe le prévenu pour de nouveaux faits d’outrage à magistrat. Il a lu un acte d’huissier retranscrivant un message de M. BOULINGUI, publié la veille sur un groupe WhatsApp, qui, selon lui, constituait cette infraction.

L’avocat de la défense, obtenant rapidement la parole, a demandé au tribunal s’il existait un nouveau code de procédure pénale à Tchibanga. Il a demandé de « balayer cette demande sortie de nulle part et sans base légale », rappelant que le tribunal était saisi in rem et in personam. Un ancien dans la salle a murmuré : « Ah, ifouala ! ». La défense a dénoncé l’acharnement du procureur et plaidé l’irrecevabilité de cette demande. Suite à ces nouvelles tensions, l’audience a été suspendue pendant 45 minutes.

À la reprise, le Président du Tribunal, avec maîtrise, a de nouveau rappelé les parties à la sagesse et a donné la parole pour les plaidoiries, sans plus aborder la demande du procureur, qui n’a pas non plus insisté.

Plaidoiries et Réquisitions

L’avocat de la société Marion Minerals a plaidé pendant moins de dix minutes, demandant que M. BOULINGUI « serve d’exemple », qu’il soit condamné et que la décision soit rendue séance tenante.

Le procureur de la République a ensuite pris ses réquisitions, demandant une condamnation à la peine maximale ( 1 an ) et à une amende d’un million de FCFA.

Plaidoirie de la Défense

Enfin, la parole a été donnée à l’avocat de la défense. Il a d’abord soulevé, en la forme, l’irrecevabilité de la procédure pour défaut de qualité à agir. Il a démontré que dans le cadre d’une diffamation, seule la victime peut initier la procédure. Or, le dossier présentait des irrégularités flagrantes sur l’identification de la société Marion Minerals, désignée tantôt comme SARL, tantôt comme SARLU. Le représentant légal, un ressortissant chinois, n’apparaissait nulle part et aucun mandat régulier n’avait été délivré par lui. Il en concluait un défaut de capacité et de qualité à agir, rendant la procédure irrecevable.

Au fond, il a plaidé la non-culpabilité de son client pour :

1. Absence de constitution de l’infraction : L’accusation n’a pas démontré en quoi les propos de M. BOULINGUI ont porté atteinte à la société, celui-ci n’ayant fait que poser des questions.

2. Absence d’élément intentionnel : Citant l’article 6 du code pénal, il a rappelé qu’il n’y a point de délit sans intention de le commettre.

3. L’exception de vérité : Il a démontré que Marion Minerals avait violé plusieurs dispositions du code du travail, tentant de tromper l’opinion en s’appuyant sur des documents de renouvellement pour faire croire à une atteinte à son image. L’audience a prouvé que les jeunes avaient été embauchés en CDI et n’ont pas été traités selon la législation sociale.

Pour finir, l’avocat a rappelé que la vidéo de M. BOULINGUI relevait de la liberté d’expression garantie par la Constitution, qui proclame l’unité, la solidarité et l’entraide entre les citoyens. Il a demandé au tribunal de rendre une décision juste, déclarant son client non coupable, rappelant que cette décision était attendue par le peuple gabonais.

Dernier Mot du Prévenu

En dernier, la parole a été donnée à M. BOULINGUI. Dans un élan de sagesse et de fierté, il a déclaré avec respect que, si c’était à refaire, il n’hésiterait pas à aider des compatriotes en détresse, qu’il ne connaissait d’ailleurs pas. Il a dit attendre la décision et que s’il devait faire de la prison ou mourir, ce serait avec dignité et fierté.

La décision du tribunal sera rendue le mardi 29 septembre 2026.

SOS Prisonniers Gabon c’est enfin notre essor vers l’Idependance de la Justice

HUMANISONS LES PRISONS.